47°47' N 5°3' E

LIVRE

Éd Rives Dangereuses, Centre des Rives - 2005

Conception graphique Arnaud Tanguy

 

Village d’Auberive, en Haute-Marne.

 

Quelle est l’histoire de votre maison ?

Derrière cette question, que j’ai posée aux habitants du village, se cache pour moi une autre question, plus complexe, plus vertigineuse : comment faites-vous pour vivre dans un univers aussi grand ?

 

La partie textuelle (15 entretiens) est augmentée de cartographies et de photographies qui tentent d’esquisser une géopolitique subjective de ce village qui a subi, au fil de l’Histoire, l’emprise de différents pouvoirs.

Chacun des habitants exprime une poésie personnelle et tous ressentent, face au monde qui leur échappe, un vide informulé, une vertige métaphysique, mais aussi une relation particulière à la beauté alentours.

 

Ci-dessous : texte (la maison du garde barrière) et images, extraits du livre.

Voir le livre.

Je collectionne les pendules, avec une préférence les coucous, parce que j'aime bien les oiseaux.

Ils marchent tous mais je ne les remonte pas, parce que ce serait infernal. Ce n'est pas pour l'heure, c'est pour la chose.

C'est comme si on était hors du temps, ici.

C'est curieux, je ne saurais pas dépeindre, même, ma situation. C'est exactement comme si on vivait tout le temps dans un décor de cinéma, un décor de théâtre, à tout moment. On est un figurant. Il se passe des choses curieuses. Je me suis lié d'amitié avec une renarde, qui vient dans ma maison, elle a son terrier en face, de l'autre côté du chemin, dans le fourré.

Des fois, elle sort, et elle est complètement fascinée par la lumière. Je l'ai déjà vue en pleine nuit, avec un renardeau, en train de contempler la maison d'à côté, qui explose de lumière. J'ai toutes sortes de copains, ici, des oiseaux, des souris.

 

Cette maison, finalement, c'est quelque chose que je ne saurais expliquer que par le rêve. Pour la plupart des gens, c'est une maison de cauchemar, sans courant, sans eau, il n'y a rien, la vie est très dure, ici. Je vis comme au XVIII° siècle, je lave mon linge dehors, à côté du puits perdu. J'aurais jamais cru que je puisse faire une chose pareille. C'est ici que se réalisent tous mes rêves. C'est très curieux.

Les gens du coin n'en reviennent pas, je suis un personnage. Mais non, je m'ennuie pas.