MI CASA ES SU CASA

LIVRE

Éd. Ayuntamiento de Huesca - 2005

Conception graphique Macula Estudio Grafico

 

Ville de Huesca, Espagne.

 

Pour découvrir les lieux, j’ai marché dans la ville et dans ses alentours, en prenant les chemins de traverse. Pendant ces journées solitaires, j’inventais des récits, en résonnance avec les endroits que je traversais : correspondances, lieux magiques ou invisiblement habités, passages secrets, présences inexpliquées.

 

Quotidiennement, j’écrivais, je photographiais, je dessinais des cartes.

Mi Casa es su casa est le journal de ce voyage presque immobile, un guide de tourisme parallèle qui fait l’inventaire de ce que la ville de Huesca compte de refoulé : les espaces délaissés, les déserts, les friches.

 

Ci-dessous : images et textes extraits du livre.

Voir le livre.

II. échelle : temps humain, œil étranger

 

Quand les mots manquent pour nommer les choses, c’est le monde qui manque, s’échappe, ne se laisse plus maitriser,

ne se laisse plus faire.

(se laisse redécouvrir).

 

Une géographie : pour nommer.

Arpenter, repérer, perdre,

appeler les rues,

dessiner les cartes inexactes de promenades sans repères

prendre les ponts, les chemins, enjamber les jardins.

 

La ville meurt brusquement en lisière, laisse la place au désert

et à la fin du monde.

 

Dans le centre les chats vivent en meute, dorment sur les pentes des toits moussus.

Les chiens errent, solitaires.

Tous vivent des poubelles,

et peuplent .

 

Mais à mesure que la ville s’étoile aux alentours, à mesure qu’elle cherche

à étendre

sa surface dans les zones périphériques,

elle se troue en son centre,

se mite,

et rend au désert des pièces d’elle-même.

 

Espaces délaissés, vacants,

inutilisés,

désolés peut-être.

 

Espaces en mouvement,

espaces pour la diversité : humains, animaux et plantes y trouvent refuge.

Espaces inlocalisables,

espaces en dérive : un monde voyageur migre d’interstice en interstice, de délaissé en délaissé, occupant sauvagement ce qu’il reste d’indéfini.

 

Ces lieux n’ont pas d’échelle : il y a toujours un espace entre deux briques, entre deux champs.

 

L’imaginaire et le rêve se glissent dans le relâchement : se dégage une place

pour créer en silence de nouvelles formes et de nouveaux sons, un lieu imprécis, la possibilité d’un autre ordre du monde.

Non pas un chaos,

mais un territoire obéissant à d’autres lois

poursuivant des sentiers balisés d’une autre manière, avec des droits d’entrée tout aussi établis, mais selon d’autres usages.

Systèmes de braconnage, de bricolage, d’assemblage, de contrebande ; promenades du corps et du regard, envers du décor, lieu pour la contestation peut-être, pour l’invention sûrement.

 

Galaxies discrètes d’un projet futur et inconnu, ces lieux déchaînent leurs énergies dans le laisser faire et dans l’improductivité ; mâchent secrètement leurs rêves avant l’invasion, peut-être.